Il était une fois… le Cinéma

Il était une fois… le Cinéma
Cultes ou Classiques, les meilleurs films de tous les temps

Les Aventures de Jack Burton dans les Griffes du Mandarin

mars 25th, 2010

Titre original: Big Trouble in Little China

Année de production: 1986

Réalisateur: John Carpenter

Distribution: Kurt Russell, Dennis Dun, Kim Cattral, James Hong et Victor Wong

Durée: 99 min

Le film commence par une nuit sombre et orageuse au milieu de laquelle Jack Burton (Kurt Russell), un vieux baroudeur, roi de la cote de porc express, fait son job en conduisant son beau camion tout neuf jusqu’aux quais de San Francisco où il passe la nuit à jouer au majong avec ses potes chinois. Jack, c’est le beauf par excellence avec ses bottines de cowboy et son marcel sorti d’un manga japonais. Au cours de la soirée, son meilleur ami, Wang Chi (Dennis Dun), contracte une dette de jeu envers lui et Jack se retrouve obligé de l’accompagner à l’aéroport où il doit retrouver sa future épouse Miao Yin, une magnifique chinoise aux yeux verts. A l’aéroport, Jack croise Gracie (Kim Cattrall), une avocate spécialisée dans la défense des immigrés. Il est surtout témoin du kidnapping de Miao Yin par les Seigneurs de la Mort, un des gangs les plus dangereux de Chinatown.

Jack Burton (Kurt Russell), parfait anti-héro des années 80

Jack et Wang se lancent à leur poursuite et finissent en pleine guerre des gangs dans une ruelle déserte des bas fonds de Chinatown. Ils voient alors débarquer de nulle part Lo Pan (James Hong), un sorcier maléfique, et ses trois trombes, sortes de tueurs légendaires quasi-invincibles capables de maîtriser les éléments naturels (autant dire qu’ils peuvent vous balancer des coups de jus à distance). Obligé de fuir devant ces ennemis d’un autre monde, Jack doit abandonner son camion (autant dire toute sa vie) qui sera récupéré par les Seigneurs de la mort. Les deux hommes trouvent alors refuge au restaurant de Wang, demandant conseil à Eddie, le maître d’hôtel et l’oncle Chu avant que Gracie Law ne débarque. Celle-ci leur apprend que Miao Yin est détenue au White Tiger, une maison-close de Chinatown. Jack se fait donc passer pour un client amateur de chinoises aux yeux verts mais les trombes sont plus rapides et ramènent Miao Yin à Lo Pan qui a besoin d’elle (et de ses yeux verts) pour retrouver une enveloppe charnelle et redevenir le puissant magicien noir qu’il était autrefois.

Un des trois trombes en pleine action

Fermement décidés à retrouver Miao Yin et le camion volé, Wang et Jack  se rendent dans le repère de Lo Pan, aidé par Egg Shen (Victor Wong), un chauffeur de bus touristique, sorcier à ses heures libres, qui fabrique de la potion magique capable de transformer notre anti-héro en inspecteur Harry. Le vieil homme les conduira dans les abysses les plus sombres de Chinatown, longeant la rivière noire des profondeurs de la terre, visitant l’enfer des ébouillantés, dégommant des têtes volantes et affrontant même une sorte de yéti. Il ne leur restera alors plus qu’à affronter Lo Pan et ses trois trombes.

On trouve vraiment de tout à Chinatown!

Sorti en 1986, « Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin » est le dixième long-métrage de John Carpenter, un réalisateur qui, à l’époque, s’était déjà brillamment essayé au film d’horreur avec « Halloween » (Michael Myers, le serial-killer au couteau de boucher), et à la Science Fiction avec le glacial « La chose » et le post-apocalyptique « New York 1997 » (où Kurt Russell incarnait l’emblématique Snake Plissken). Le cinéaste décide cette fois de s’atteler au film fantastique mais le fait d’une manière des plus atypiques en décidant d’intégrer dans son projet des influences asiatiques en multipliant les références à Baby Cart, A Chinese Ghost Story, ou Zu (et ce, près de 15 ans avant les Matrix ou autres Kill Bill). Le résultat est une œuvre inclassable, étrange mélange de kung-fu, magie noire, triades chinoises, buddy movie des années 80 et films fantastiques de séries B à la Roger Corman. Comme si l’inspecteur Harry avait rencontré les Karaté Kids et les Goonies à proximité de la 36ème chambre de Shaolin.

Les seigneurs de la mort, redoutable gang de Chinatown

Bref, vous l’aurez compris, Carpenter nous offre ici un film débridé mêlant habilement fantastique, scènes d’action en tout genre, et effets spéciaux à gogo, tout en lui instillant dès les premières scènes une bonne dose d’humour et des répliques inoubliables (« J’étais prêt dans le ventre de ma mère », « Vas-y, raconte, j’ai les yeux qui se brident »). Mais le cinéaste parvient avant tout à ériger un mythe : Jack Burton, anti-héro américain des années Reagan cartoonesque à souhait, toujours dépassé par les situations, et incarné à merveille par un Kurt Russell des grands jours.

Petit cadeau: la bande-annonce originale

The Big Lebowski

mars 25th, 2010

Titre original : The Big Lebowski
Année de production : 1998
Réalisateurs : Joel et Ethan Coen
Distribution : Jeff Bridges, John Goodman, Steve Buscemi, Julianne Moore, Philip Seymour Hoffman, Ben Gazzara, Peter Stormare, John Turturro, Tara Reid, Jon Polito
Durée: 117 min

« The Big Lebowski », c’est avant tout l’histoire de Jeffrey Lebowski (Jeff Bridges), dit « le Duc », un tocard de première au look baba cool qui se trouve être avant tout le plus grand glandeur de Los Angeles. Il mène une vie paisible dans un appartement minable, boit des russes blancs (mélange de vodka et de lait) et passe son temps au bowling avec ses potes Walter (John Goodman) et Donny (Steve Buscemi) qui semblent tout aussi paumés que lui. Avec eux, il prépare le prochain championnat et leur rencontre contre le vicieux Jesus Quintana (John Turturro).

On ne la fait pas à Jésus (John Turturro)

Tout irait pour le mieux si le Duc ne s’était pas retrouvé la tête dans ses propres chiottes, interrogé par un truand au sujet du remboursement de la dette contractée par son hypothétique épouse auprès du producteur de films pornographiques Jackie Treehorn (Ben Gazzara). Pire, le voilà obligé de contempler un complice uriner sur le tapis de son salon. Comprenant finalement qu’il y a erreur sur la personne, les deux individus repartent sans s’excuser.

Les rois du bowling (Jeff Bridges, Steve Buscemi et John Goodman)

De retour au bowling, son partenaire Walter Sobchak (John Goodman), un vétéran du Vietnam irascible, adepte de la culture juive et du shabbat, spécialiste en alarmes et vidéosurveillance, lui conseille d’aller demander réparation à son homonyme, le vieux milliardaire philanthrope de Passadena surnommé « The Big Lebowski ». Malgré un accueil peu cordial, le Duc finit par repartir avec un nouveau tapis, croisant au passage Bunny (Tara Reid), la jeune épouse nymphomane du milliardaire, et son ami Karl Hungus (Peter Stormare), un nihiliste d’origine allemande, ancien chanteur du groupe de hard rock “Autobahn” (vous chercherez la traduction) et acteur porno à ses heures perdues.

 Walter (John Goodman) qui déteste que l’on triche au bowling

Une partie de bowling plus tard, voilà le Duc contacté par Brandt (Philip Seymour Hoffman), le majordome du milliardaire, qui lui apprend que Bunny a disparue, victime d’un enlèvement. Le milliardaire lit au Duc la lettre des ravisseurs et lui demande de leur remettre la rançon, supposant que les escrocs sont ceux-là même qui ont uriné sur son tapis. Voilà donc le Duc de retour au bowling avec une valise contenant un million de dollars. Expliquant la situation à Walter, ce dernier lui conseille de remplacer la mallette par un leurre (son linge sale de la semaine) puis met au point une stratégie qui fait capoter la transaction. Pire, le Duc se fait voler sa voiture qui contenait la vraie mallette et découvre en rentrant chez lui que son nouveau tapis a disparu, récupéré par la fille du milliardaire, Maud (Julianne Moore),  une artiste-peintre débridée, qui estime que l’enlèvement de Bunny n’est qu’un prétexte pour détourner l’argent de leur fondation. Elle le charge donc de retrouver le magot. Le Duc devient dès lors la cible d’un trio de nihilistes allemands armés de furets grignoteurs de « zézettes » et du pornographe le plus célèbre de Malibu qui ont tous entendu parler du million. Le voilà même suivi par un détective privé (Jon Polito) qui le file jour et nuit en coccinelle.

Le Duc (Jeff Bridges) en plein travail

Vous l’aurez compris, « The Big Lebowski » est un film décalé, pour ne pas dire totalement barré, mais tout bonnement jubilatoire. En effet, non contents de nous servir une galerie de personnages loufoques extrêmement bien caricaturés, les frères Coen réussissent à nous pondre un scénario complètement tordu mais d’une subtilité incomparable où se multiplient rebondissements et situations désopilantes (furet dans la baignoire, démolition de voiture de sport à coups de batte de baseball…). Les dialogues sont tout simplement anthologiques, croustillants à souhait, et chaque réplique vaut son pesant d’or (comme Walter à propos des irakiens qui sont selon lui « Des bouffeurs de dates avec des torchons sur la tête, pas foutu de trouver la marche arrière sur un tank russe » alors que « les Viets et leurs pyjamas noirs étaient de vrais ennemis, eux », ou Maud dont l’art « impressionne beaucoup par son côté vaginal »). Côté acteurs, Jeff Bridges et John Goodman sont totalement déments. Bref, il y a des films, comme celui-là, qui marquent une génération. Tout y est culte. Du divertissement comme on en voit trop rarement.

Petits cadeaux: le film de Karl Hungus, et le défi de Jésus

Et un de mes moments préférés: le duc et Walter jouant aux détectives

Il était une fois dans l’Ouest (1968)

mars 24th, 2010

Titre original: C’era una Volta il West

Année de production: 1968

Réalisateur: Sergio Léone

Distribution: Charles Bronson, Henry Fonda, Jason Robards, Claudia Cardinale…

Durée: 165 min

Trois hommes aux visages patibulaires vêtus de longs cache-poussières débarquent sur un quai de gare paumé au beau milieu du désert. Ainsi débute ce qui est sans doute la scène d’ouverture la plus connue du 7ème art : une séquence dilatée de 9’30 servant de générique, sans musique, et reposant uniquement sur quelques sons d’éolienne mal graissée, de gouttes d’eau tombant sur le crâne chauve du charismatique Woody Strode, et d’une mouche bourdonnant à l’oreille d’un Jack Elam à l’œil de verre plus luisant que jamais. Les puristes reconnaîtront l’hommage de Léone au classique de Fred Zinnemann « Le train sifflera trois fois » où trois tueurs attendent le train devant amener leur complice.

Jack Elam ou l’un des visages patibulaires les plus célèbres d’Hollywood

Le train finit par entrer en gare et le film peut véritablement débuter avec l’arrivée du premier grand protagoniste de ce film : un homme sans nom (Charles Bronson) qui annonce sa présence au son d’un harmonica (Léone s’inspirant du « Johnny Guitar » de Nicholas Ray). Le duel est inévitable et orchestré dans la plus pure tradition léonienne : un long moment d’attente précéde une explosion de violence. Nous apprendrons par la suite que l’Harmonica est à la recherche de Frank (Henry Fonda), un redoutable tueur à gages aux yeux bleu-azur, qui travaille pour le compte de Morton, le directeur d’une compagnie de chemin de fer. Ce dernier lui a demandé d’intimider de pauvres propriétaires terriens, les McBain, mais Frank préfère de loin massacrer toute la famille. Cette scène offre l’occasion à Léone de rendre un nouvel hommage, à George Stevens et son « Homme des Vallées Perdues » cette fois.

Le Cheyenne (Jason Robards) et l’Harmonica (Charles Bronson)

Seul problème pour Morton et ses complices : voilà que débarque de la Nouvelle-Orléans une certaine Mme Jill McBain (incarnée par la lumineuse Claudia Cardinale), une prostituée qui s’est mariée dans le plus grand secret au père McBain. Elle découvre le massacre de ce qui devait être sa nouvelle famille et décide de rester sur place pour comprendre d’où venait la richesse promise par son défunt mari. Elle croise alors la route du Cheyenne (Jason Robards), un bandit au grand cœur, accusé à tort du massacre de la famille, et de l’Harmonica qui lui sauve la vie et décide de l’aider. Il a en effet compris que le terrain des McBain est d’une valeur inestimable car il dispose du seul point d’eau de la région. Une ville entière pourrait y voir le jour. Seul condition pour que la concession de McBain soit valable : y construire une gare avant l’arrivée du train. L’Harmonica et le Cheyenne décident donc de l’aider dans cette tâche. Mais leur implication dans cette histoire les conduira inévitablement à affronter Morton et Frank, ce qui n’est pas pour déplaire à l’Harmonica qui semble avoir un vieux compte à régler avec le redoutable pistolero.
Jill (Claudia Cardinale) sous la menace de Frank (Henry Fonda)

Avec « Il était une fois dans l’Ouest », Léone dépeint son Ouest Américain : un monde sauvage et archaïque, peuplé de gens au passé trouble, et où la vengeance semble être le seul moyen de rendre justice. Avec ce film, il rend aussi et surtout hommage aux classiques du western hollywoodien. On notera tout particulièrement son vibrant hommage à John Ford en tournant une scène en plein cœur de Monument Valley et en s’inspirant de « La poursuite infernale » à plusieurs reprises. Les plus cinéphiles noteront aussi les clins d’œil à « L’homme aux pistolets d’or » (avec Henry fonda), « Vera Cruz » de Robert Aldrich, ou « La prisonnière du désert ». Techniquement parlant, on retrouve dans ce film tout ce qui fait le cinéma d’un Sergio Léone à son apogée : de gros plans sur des visages burinés, de longs travellings (comme celui de l’arrivée de Jill), des séquences de duels très travaillées et directement posées sur la musique à la fois mélancolique et épique d’Ennio Morricone. Bref, on s’en prend plein les mirettes et plein les esgourdes. Au final, Léone nous livre une fresque monumentale somptueusement baroque à savourer religieusement.

Petit cadeau: la bande-annonce originale

Apocalypse Now (1979)

mars 24th, 2010

Titre original: Apocalypse Now

Année de production: 1979

Réalisateur: Francis Ford Coppola

Distribution: Martin Sheen, Marlon Brando, Robert Duvall, Dennis Hopper…

Durée: 153 min / 202 min (Redux)

« This is the end, my only friend ». Ainsi débute le chef d’oeuvre de Francis Ford Coppola inspiré en large partie du roman « Au cœur des Ténèbres » de Joseph Conrad : quelques notes des Doors s’égrainant sur une suite de plans en surimpression montrant la luxuriante jungle vietnamienne brûlée par le napalm américain. Le réalisateur laisse alors apparaître au milieu de cette apocalypse le visage renversé du Capitaine Willard (Martin Sheen), soldat d’élite des Forces Spéciales (173ème aéroportée). Enfermé dans une chambre d’hôtel à Saigon, il git nu sur son lit, transpirant à grosses gouttes et vidant d’un trait une bouteille d’alcool pour chasser les visions cauchemardesques qui hantent son esprit. Deux officiers débarquent alors et l’emmènent au QG de Nha Trang où l’attendent ses supérieurs (Coppola nous proposant au passage des cameos de Scott Glenn et Harrison Ford). Ceux-ci lui ont préparé une mission secrète des plus périlleuses : remonter la rivière Nung sur un aviso de la marine jusqu’au Cambodge pour y retrouver et éliminer le Colonel Kurtz (Marlon Brando) qui, sombrant dans la démence et adulé tel un Dieu par les autochtones, aurait fondé sa propre armée de mercenaires pour lutter contre les Viets. Et voilà Willard naviguant sur un rafiot au beau milieu du Vietnam avec pour seuls compagnons Hicks, un chef cuistot surexcité (Frederic Forrest), Johnson, un surfeur californien qu’on a envie de baffer (Sam Bottoms), Clean, un jeune black du Bronx à moitié défoncé (Laurence Fishburne) et le quartier-maître Philips (Albert Hall), le commandant du bateau qui respecte le règlement à la lettre. La remontée du fleuve va leur laisser entrevoir les côtés les plus sombres du conflit dans lequel ils sont embarqués.

Capt. Willard (Martin Sheen) dans son aviso

Ils rejoignent d’abord le 7ème de cavalerie aéroporté lors d’un de leurs raids contre le Vietcong. Au milieu du carnage, ils retrouvent leur chef, le Lt-Col. Bill Killgore (Robert Duvall), qui distribue les cartes de la mort aux cadavres Viets. Killgore est un cowboy des temps modernes qui aime le travail bien fait et défend les bonnes vieilles valeurs américaines (surf, musique country, barbecue et caisses de bière). Pour lui, les Vietnamiens ont simplement remplacé les indiens. Willard lui demande de lui fournir une escorte. D’abord réticent car la zone se situe en secteur Viet, il finit par accepter en apprenant qu’on y trouve des rouleaux magnifiques qui feraient rêver plus d’un surfeur. Il décide donc de nettoyer le secteur suivant sa propre méthode (Coppola nous offrant alors une des plus grandes scènes de l’histoire du cinéma avec l’attaque héliportée du village Viet sur fond de Wagner, d’une sauvagerie presque jouissive). Il envoie quelques hommes faire du surf sous les bombes, puis fait appel aux bombardiers pour raser la jungle à coup de napalm avant de nous balancer sa célébrissime tirade « J’aime respirer l’odeur du napalm au petit matin ». Si ce n’est pas culte ça !

Lt-Col. Bill Killgore (Robert Duvall) recréant l’ambiance du pays

Willard et ses hommes reprennent ensuite leur route à travers la jungle. Au cours d’un arrêt ayant pour but la cueillette de quelques mangues, Willard et Hicks seront attaqués par un tigre mais réussiront à s’en tirer. Lors d’un premier ravitaillement, ils assisteront à un spectacle donné par des Playmates (vous savez, ces filles dont on trouve les photos dénudées dans les magazines de Larry Flint…). Ils croiseront ensuite des bateaux qui descendent le cours d’eau puis s’arrêteront dans un camp quasi-désert pour se ravitailler à nouveau. Livrés à eux-mêmes, les soldats du camp vivent sans la moindre discipline. Ils y retrouvent également les Playmates, dont l’hélicoptère a été abattu, et qui servent de prostituées aux soldats. Quelques gâteries plus tard, ils rejoindront le poste militaire le plus avancé sous le feu des francs-tireurs Vietcongs.

Dennis Hopper en reporter accroc aux opiacés

Willard décide de mener sa mission à bien et l’aviso navigue en zone inconnue, en proie à un ennemi invisible. Ils tomberont sur des français défendant leur plantation avant d’atteindre l’objectif de leur mission : un territoire sauvage jonché de statues, de cadavres, de têtes coupées et aux limites marquées par des crânes humains empilés. Au milieu de ce territoire se trouve le village montagnard de Kurtz peuplé d’indigènes. Les américains sont alors accueillis par un reporter photo bien allumé (Dennis Hopper) qui leur sert de guide dans cet univers étrange et leur parle du maître, Kurtz, et de sa philosophie. Willard décide de partir seul à la rencontre de Kurtz et finit par se retrouver enfermé dans une cage en bambou. Une lutte quasi-mystique entre les deux hommes devient alors inévitable.

Col. Kurtz (Marlon Brando), le poète guerrier

Chez Coppola, l’horreur de la guerre se pare d’une beauté sauvage, et devient un véritable opéra psychédélique comme en témoigne le ballet majestueux d’hélicoptère posé sur la Chevauchée des Walkyries de Wagner. Le périple de Willard devient une Odyssée : il remonte aux sources d’un fleuve tout en s’interrogeant sur la dualité de l’homme (mi-dieu, mi-animal) et l’absurdité de la guerre qui se résumerait en un mélange d’horreur et de folie. Ces deux mots résument également assez bien le tournage du film aux Philippines : 238 jours de photographie, 250 heures de pellicules, un budget presque doublé. L’équipe, ravagée par la fièvre (la dengue, la footica, c’est qu’il y a toutes sortes de fièvres là-bas), subira aussi un typhon, plusieurs rebellions, et accumulera les retards. Harvey Keitel qui devait interpréter Willard est même viré après quelques semaines pour être remplacé par Martin Sheen qui s’écroule en plein tournage, victime d’une crise cardiaque. Il leur faudra aussi gérer Dennis Hopper, mégalomane se considérant comme l’artiste maudit le plus génial du 20ème siècle, qui carbure à la cocaïne et au LSD. Pour se mettre dans la peau du personnage, il ne se lave pas pendant 40 jours et finit par obtenir un bus privé pour rejoindre le tournage. Et puis, il y a Brando qui arrive sur le tournage avec une telle surcharge pondérale qu’il faut réécrire son personnage. Il arrive chaque matin sur le plateau sans connaître son texte. Coppola, nerveusement atteint, se réfugie dans les bras d’une des Bunnies (celle au chapeau de cowboy), met en danger son mariage, s’endette, fume des pétards et, victime d’une crise de délirium, finit par prendre du lithium pour vaincre sa dépression. Le film obtiendra la Palme d’Or au festival de Cannes en 1979 et sera nommé 8 fois aux oscars (dont celui du meilleur film), remportant deux statuettes. A croire que les chefs d’œuvres naissent dans la douleur.

Petits cadeaux: deux des meilleurs moments du film






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